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LA VACHE Il est une prairie au bord de la Vézère Où règne sans partage un troupeau de bovins; D'une jeune encornée, un taureau peu sévère Voudrait être l'époux, mais son projet est vain,
Car la belle génisse aux gros yeux globuleux, Dédaignant cet amour, rêve d'un autre monde Et guette à tout instant un monstre fabuleux Débouchant d'un tunnel, sur l'autre bord de l'onde.
De ces trains prestigieux, aux grands noms populaires, Capitole du soir, Turgot ou Valentré, Mieux qu'un vieux cheminot elle connaît l'horaire, Et ne manque de voir ces trains idolâtrés.
Et moi, sa pauvre mère, impuissante à guérir Cette amoureuse ardeur, cette triste folie, La voyant chaque jour un peu plus dépérir, Je rumine en silence avec mélancolie.
Et en vain balayant de mon pis le grand pré, Je m'efforce à brouter, écornant de ma langue Un beau tapis de fleurs, Coquelicots pourprés, Marguerites, bleuets, ou lys des champs exsangues.
Chaque heure m'entraînant bien vite vers ma tombe. Je maudis le progrès, ses avions et ses trains Qui sont venus troubler nos pastorales combes, Leur faisant perdre ainsi leur juvénile entrain.
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