
« Copie du procès verbal d'interrogatoire subit par Pierre Dubernard devanlt la municipalité d'Uzerche, extrait des minuttes du greffe de la ville d'Uzerche »
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Ce jourd'huy trente un janvier mil sept cent quatre vingt dix, nous, Pierre de Chiniac, seigneur du Claud et de La Bastide, coseigneur de la ville et pareage d'Allassac, honnoraire de l'académie des belles lettres de Montauban, conseiller du Roy, lieutenant general civil de la Senechaussé du Bas Limousin sceante a Uzerche, ci devant lieutenant general de police, et ancien commandant de la garde nationnalle de la ville d'Uzerche, premier maire de lad[itel ville depuis la restoration de la liberté françoise, assisté de sr. Antoine Dessus, secrétaire greffier de l'hotel de ville, sur la dénonciation que nous a été faites que le nomme Pierre Debernard dit le pontonnier, habitant du bourg d'Orniac soubçonné d'etre le chef du brigandage commit a la chartreuse de Glandier, etoit en la presente ville, avons requis la garde nationnalle de cette ville de l'arreter, ce qui a été executé, et led[it] Debernard ayant été conduit en l'audictoire de cette ville, avons publiquement procédé a son interrogatoire ainsy qu'il suit. Interrogé de son nom, surnom, àgé, qualite et demeure. A dit s'appeller Pierre Debernard, pontonnier, etre agé d'environ cinquante ans, etre laboureur, et demeure au bourg d'Orniac. Interrogé si le vingt huit du present mois il ne se presenta pas à la chartreuse de Glandier, à la tette d'un grand nombre de particuliers armés. A dit que oui. Interroge quel étoit leur dessein. A dit qu'il ne scait pas quel etoit le dessein de ceux qui etoient avec lui, mais que son dessein personnel etoit simplement de planter un may et qu'il crioit aux autres de ne point faire de mal. Interrogé qu'est-ce-qu'ils dirent aux peres de Glandier après avoir planté le may. A repondu que d'autres avoient précédés luy et ceux qui etoient avec luy, et avoient planté le may. Luy avons observé que puisque le may etoit planté, l'objet pour lequel il etoit venus etoit rempli, et que par conséquent, s'ils ne voulaient que planter le may, ils devoient se retirer et ne pas entrer dans la chartreuse. A dit que venant, ils trouvèrent au lieu appelé Lagrange du Paujol , ceux qui avoient planté le may, qui leur dirent que les pères les avoient bien regalés, luy qui répond dit : par ce que le may est planté, il est inutille d'y aller, mais ceux qui etoient avec luy dirent qu'il faloit qu'il y vint avec eux ; il eut beau leur représenter que les peres se facheroient, il falut ceder aux instances de ses camarades et aller avec eux à la chartreuse ; ceux qui avoient planté le may y retournerent aussi. Interrogé ce qu'ils firent quant ils furent au couvent de Glandier. A dit qu'ils fraperent à la porte ; les peres parurent à la fenetres, firent difficulté d'ouvrir ; Dom prieur dit au nommés Bernardou du village de La Ribière, paroisse d'Orniac, ledit Bernardou parla a Dom prieur, mais celui ci ne put entendre ce qu'il lui disoit ; Dom prieur appella le répondant et lui dit : je n'entends pas Bernardou, et replique moy ce que c'est. Le répondant lui dit mon pere, ces gens le ne sont pas venu pour vous faires de mal, personne n'en a la pensée mais les h[abit]ant de la paroisse de Voutezac ont dit que, si nous, nous ne plantions pas de may chez vous et chez notre curé, ils viendraient les planter et nous passerions pour rien ; ils vous enleveroient votre bled et celuy du curé. Dom prieur repliqua : ci ce n'est que cellà, le vin ne manquera pas, je vous fairoit bien boire mais qu'il n'y aye pas de tapagé. Le répondant dit qu'il ne croyoit pas qu'il y eut de bruit, que ceux qui etoient avec luy etoient trop braves gens pour cella. Dom prieur recommanda au répondant de mettre la paix tant qu'il pouroit; ont ouvrit la porte de Glandier. Le répondant et toute la troupe entra environ au nombre de deux cents; il y en avoit des paroisse de Beissat, et de Trosse. Quant on fut entrés, les peres voulaient faire manger le monde au devant de la chapelle ; les gent dirent qu'ils voulaient entrer dans le couroir; il y en eut qui entreront dans la salle, d'autres dans la cuisine ; les peres firent donner a boire et a manger ; ont ne donnoient pas de Pitance, Plusieur dirent qu'ils en vouloient ont porta du fromage ; Dom prieur vint, dit au répondant de faire en sorte que les gens ne bussent pas trop parce que, quand ils auroient bus, ils fairoient du tapag. Le répondant promis de faire ce qu'ils pouroit. Quand les gens eurent bus et manger à leur discrétion, dirent qu'ils voulaient de l'argent, le répondant leur dits que, quand de brave gens avoient fait boire et manger, il ne faloit pas leurs demander d'argent ; les gens s'amutterent, dirent au répondant que cella ne luy faisoit rien, qu'ils voulaient de l'argent, dom prieur donna au répondant un louis pour distribuer, le répondant dit qu'il ne vouloit point d'argent, dom prieur luy dit de le distribuer aux autres mais les gens ne furent pas contants, ils dirent qu'ils voulaient davantage d'argent, les uns demandaient cent louis, les autres voulaient la rente, chacun faisoit des demandes si desraisonnable que toute la fortune des peres n'auroit pas suffit pour contenter tout le nombre ; dom prieur donna encore deux louis, mais cela ne satisfait pas les demandeur, le répondant dit à ceux qui etoient avec eux : voila cet argent, divisés le avec vous, mais les gens ne voulaient pas cet argent, disoit que ce n'etoit pas ce qu'il leurs failloit ; Dom prieur dit au répondant : venèis avec Jean d'Orniac et deux ou trois autres, et nous veront comment nous pourrons arrenger les choses, mais quand cinq à six voulurent entrer, tous le monde se porta pour entrer, aussi cella dura ainsy plus de trois heures. Dom prieur qui etoit a la fenestre adressa la parole au répondant et luy dit : tient, voilla qu'on me prend mon poisson ; quand le répondant vit cela, il se mit a coups d'acherons après ceux qui volloient le poisson et le fit remetre dans la fontaine ; le répondant dit : est-ce que vous m'avez promis, vous m'avies dit que vous ne fairies pas de bruit et ce que vous faite est capable d'amener rien qui vaille ; si j'usse cru que vous vous comportassies ainsy, je ne seray pas venu ou vous m'auries porté de force ; quand cella fut calmé, les gens ne voulurent pas l'egaller, ils persistent dans les propositions qu'ils avoient cy devant faites et crierent à toutes forces qu'il leur faloit de l'argent. Dom prieur appella le répondant et luy dit : tient voila Bernardou qui est après ma porte qu'il enfonse ; le répondant y fut pour l'otter de la, il lui dit : tu as du bien a manger et de la famille, tu te gouverne par des coquins qui sont la, qui n'ont rien à perdre, le dit Bernardou dit au répondant : que ca vous fait s'il y a du mal, vous n'en aurès comme les autres parce que vous etes dans l'assemble, alors le nommé Barbel du village de Freisseingeas dit au répondant qu'il faisoit bien de s'en aller, qu'il faisoit pour les peres mais qu'il pouroit s'en repentir et en meme temps il presenta le bout du fusil à la poitrine du répondant ; quand le répondant vit cella, il eut peur qu'on ne le tua, il decendit dans la basse cour ; dom prieur appella encore le répondant et luy dit : montez dans ma chambre trois ou quatre et je vous contenterais, mais il ne fut pas possible parce que tous le monde vouloit entrer ; dom vicaire monta chez dom prieur et quant il decendit, on dit qu'il y avoit treize a quatorze louis ; dom vicaire les fit decendre dans la basse cour et leur dit de se mettre en rang et qu'il distribuerait ce qu'il y auroit pour chacun ; on se mit en rang, le repondant remit a dom vicaire les trois louis pour en faire la distribution avec le restant, dom vicaires les pris ; quant le répondant eut donné les trois louis, il dit : je ne demande rien et je m'en vais. Dom vicaire dit au répondant de ne pas s'en aller mais le répondant persista a dire qu'il vouloit s'en aller et il s'en fut effectivement. Luy avons demandé ci ceux qui etoient avec luy etoient armés et quelles armes ils avoient. A dit qu'il y en avoit qui avoit des fusils, d'autres des acheraux, d'autres des fourches de fer, et d'autres des battons ferrés. Interrogé s'il ne fut pas un des premiers moteurs de l'atroupement qui devoit avoir lieu a Glandier le dix sept, jour de la votte de S[ainlt Antoine. A dit que nont, qu'il n'en a pas meme entendu parler. Interrogé si avant d'aller à Glandier jeudy dernier, luy et ceux avec lesquels il etoit attroupé ne firent pas tapage chez le curé d'Orniac avant de se rendre à Glandier. A dit qu'il y en avoit qui avoient été chez le sr. curé d'Orniac, qu'il leur avoit donné douze livres, que d'autres voulaient y aller pour leur demander pour boire. Le répondant leur dit que Mr. le curé étoit couché et qu'il ne conviendrait pas de l'aller eveiller, le répondant leur ajouta d'aller chez le nommé Mounier, cabaretier, et qu'il engagerait Mr. le curé à leur envoyer quelque bouteilles de vin, qu'il étoit trop honnette homme pour le refuser ; le répondant dit a Etienne Duteil son cousin d'aller avec luy, ils y furent et fraperent à la fenetre de la chambre de la servante, mais elle ne s'eveilla pas, ou ne voulu pas repondre ; le répondant et son voisin furent alors à la fenetre de la chambre du curé, on l'appella, Monsieur le curé s'eveilla, le répondant luy dit : il y en a qui disent que vous leur avés donné a boire et ils en a d'autres, qui demandent que vous leurs donnies aussi a boire ; Monsieur le curé dit au repondant : dittes leur de boire et que je payerais, le répondant fut rendre reponse a ceux qui l'avoit envoyé, on but aux dépens du curé et on ne fit pas de tapagé ; le répondant fut chez luy se coucher, mais il ne se coucha pas, les autres vinrent demander au répondant de venir chez madame Temple au village de Mamalet . Interrogé quel jour il etoit quand ils furent chez le curé d'Orniac. A dit que c'est mercredi dernier. Interrogé si on sonnat le beffroir ou tocquesaint le dit jour mercredy dernier. A dit que oui. Interrogé qu'est-ce qu'ils voulaient a madame du Temple. A dit qu'ils voulaient qu'elle les fit boire. Interrogé s'ils entrerent chez madame du Temple. A dit qu'ils y entrerent parce qu'elle leur dit d'entrer et qu'elle les fit boire. Interrogé si on ne luy demanda pas d'argent. A dit que quelques uns dirent qu’elle ne leur avoit pas donné de pitance et qu'elle fairoit bien de donner de l'argent pour en avoir, et le répondant croit qu'elle donna un louis. Luy avons presenté qu'il ne dit pas la verité parce qu'elle donna deux louis, et on luy but deux charges de vin. A dit que ce n'est pas alors parce qu'il n'y avoit pas plus de qu[ar]ante personnes, qu'on ne but pas plus de trente pintes de vin ou environ, et qu'il a entendu dire qu'elle n'avoit donné qu'un louis et encore ne l'a-t-il pas vu. Interrogé si de c[h]es madame du Temple ils furent à Glandier. A dit que oui. Interrogé s'il n'a pas aidé à ouvrir l'etang d'Orniac et en porter sa bonne part de poisons. A dit qu'il n'a pas ouvert l'etang d'Ornia, ceux qui l'avoit ouvert et pris le poisons y etoient avec les domestiques des peres qui le pechoit, qu'il fut par curiosité et voyant que tout le monde portoit, il trouva une petite tanche et la pris mais autrement il se mela point de la peche de l'etang. Interrogé s'il connoit ceux qui ont volé le poissons de l'etang d'Orniac. A dit que nont. Interrogé s'il ne faisoit pas semblant d'éteindre le feu chez les peres de Glandier tandis qu'au contraire il existoit d'avantage pour qu'on fit du mal dans la maison. A dit que nont. Interroger s'il ne s'est fait restituer par dont ( = dom ) coadjuteur sa rente de cette année ou s'il ne l'a pas mis en contribution en exigeant de luy une somme pour cette rente. A dit que non, que le dix sept du present mois il demanda seulement a dont coadjuteur une reconnaissance des payement qu'il avoit fait comme ayant été pris solidaires sur le tenement d'Orniac pour les années 1784, 1785, 1786, 1787 et 1788 laquelle il nous a tout présentement représenter et que nous avons joint au présent interrogatoire après avoir été paraphé de nous ne varietur la ditte reconnaissance signée Gosse coadjuteur. Avons sommés le requérant de parapher lad[ite] quittances ou reconnaissance. A dit ne savoir ecrire ni signés. Interrogé si jeudy dernier il ne reçu pas de dont coadjuteur la somme de neuf livres. A dit que non. L'avons interpellé de nous dire le nom de ceux qui etoient avec luy a la chartreuse de Glandier jeudy dernier. A dit qu'il y avoit le nommé Bernardou du village de La Ribiera, le nommé Barbel du village de Frayssengeas, quasi touts les habitants du bourg d'Orniac, meme de presque toute la parroise et qu'il ne se rappelle pas du nom des autres, de ceux qui y étoient, qu'il y en avoit d'étrangers de Beyssac et de Troche, et qu'il y avoit tant de monde qu'il n'etoit pas possible de les distinguer. Luy avons demandé si on n'enfoncait pas les portes de dom prieur. A dit qu'alors il n'y etoit pas mais qu'il a entendu dire qu'on l'avoit fait. Interrogé s'il sait le nom de ceux qui l'ont fait. A dit qu'il n'en sait rien parce qu'il s'etoit retiré. Interrogé s'il n'ont pas fait évader les pères chartreux de Glandier. A dit qu'il ne l'a pas fait parce qu'il s'etoit retiré mais qu'il l'a oui dire. Luy avons représenté que sa conduite et tres repréhensible, qu'il ne doit pas ignorer qu'il est deffendu de s'atrouper ainsi. A dit qu'il en convient mais qu'il ne croyoit pas qu'on fit de mal et qu'on vint le chercher de force chez lui. Luy avons représenté qu'il ne dit pas la verité parce qu'il nous a dit plus haut que s'il eut cru qu'on se fut porté a des choses malhonnêtes, il n'y auroit pas été ou on l'auroit contraint. A dit que c'est en chemin qu'il disoit que s'il croyoit qu'on fit du mal, il n'y iroit pas ou on le porteroit, et que le matin lorsqu'il partit, il y fut parce qu'on l'y contraignit. Et plus n'a été interrogé ; l'avons exorté a dire la verité. A dit l'avoir dite ou il ne l'a pas sçue. Lecture a luy faite du present interrogatoire, a dit en corrigeant sa reponse sur Ie cinquième interrogatoire qu'ils n'etoient pas deux cent quand ils entreront dans la cour des chartreux mais qu'ensuite il s'en amassa d'autres qui survinrent, qui formèrent le nombre d'environ deux cent sans scavoir le nombre parce qu'il ne les compta pas, et au surplus a dit ses reponses contenir verités, y a persisté et a declare ne scavoir signer, de ce duement interpellé. Ce fait avons requis la garde nationale de conduire led[it] Pierre Debernard dans les prisons de cette ville pour y demeurer jusqu'à ce que sur le conclusions du procureur de la commune, il en ait été autrement ordonné. Fait en l'auditoire royal de la ville d'Uzerche en presence de MM. Bayle et Lafarge officiers municipaux, et M. Lafarge capitaine de la garde nationale et de tout le public qui est entré dans l'auditoire, le dit jour trente et un janvier mil sept cent quatre vingt dix signé de Chiniac maire, Bayle second officier municipal, Lafarge officier municipal, Lafarge capitaine de la garde et Dessus secrétaire greffier [...]. Vu le present interrogatoire ensemble l'acte en dénonciation fait par dom Anthelme procureur sindic de la chartreuse de Glandier en date de ce jourd'huy, nous procureur sindic de la commune, attendu que Pierre Debernard dit pontonnier et prevenu d'attroupement avec armes et violences commises à la chartreuse de Glandier avec fractures de portes de l'apartement du supperieur de la maison, d'avoir fait sonner le tocquesaint de l'église d'Orniac, et d'avoir fait contribuer a main armée le curé d’Orniac et le dame du Temple, requeront, que ledit Pierre Debernard d[it] pontonnier soit renvoyé dans les prisons du lieutenant de la maréchaussé de Tulle pour son procès lui etre fait et parfait, conformément aux ordonnace et au decret de l’assemblé nationale. Fait à Uzerche en l'hotel de ville le trente un janvier mil sept cent quatre vingt dix signé Rey procureur de la commune. Cité par Jean Boutier in « Campagnes en Emoi - Révoltes et Révolution en Bas-Limousin – 1789/1800 » |
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